Class’Code en pays de la Loire

L'éducation et la programmation
10 février 2017

Class’Code est un projet qui émerge en 2015 dans le cadre de l’introduction du code dans les programmes officiels. L’enjeu est de taille, puisque l’on passe d’une présence de l’informatique enseigné à l’école, au collège et au lycée, relativement faible à la volonté affichée de former au code, à la programmation, à la pensée informatique, tout jeune de 8 ans à 18 ans. Comment, pour les enseignants, aborder l’enseignement de l’informatique à l’école? Comment les aider? L’ambition de Class’Code est de répondre à cette question cruciale de la formation des professionnels de l’éducation : au code et à la pensée informatique et leur donner ainsi confiance dans leur manière d’initier les jeunes de 8 à 14 ans…

Le projet Class’Code est un projet d’enseignement hybride. Il se décline sur 5 modules qui mêlent activités en ligne (de type MOOC) et temps de rencontre. Class’Code se veut dans la lignée de l’apprentissage social ou de « communauté d’apprentissage » où chaque personne est la bienvenue et a un rôle potentiel à jouer.

Nous sommes en présence de Colin de la Higuera, Professeur à l’Université de Nantes et l’un des concepteurs de Class’Code et Fanny Giraudeau, coordinatrice de Class’Code dans les Pays de la Loire.

 

Tout d’abord, un point sur l’actualité de Class’Code ? 

«La situation aujourd’hui au niveau de Class’Code, c’est que le matériel pédagogique a été approuvé, expérimenté, validé. De nombreux temps de rencontre ont déjà eu lieu. Tout cela se structure peu à peu, au niveau des échanges, avec un nombre grandissant de personnes prenant part au projet. Ce qui est nouveau, c’est notre compréhension de ce qui fonctionne, des bons mécanismes pour transmettre aux enfants, mais aussi dans la formation des enseignants. La bonne surprise, c’est qu’on peut maintenant affirmer : oui, l’informatique est abordable par toutes et tous ! »

Qu’est-ce qui est nouveau aujourd’hui?

«Auparavant ce qu’on envisageait au niveau de la didactique de l’informatique, résultait en une suite d’algorithmes, de savoirs cloisonnés. Aujourd’hui, ce que tente de faire Class’Code, c’est d’apprendre à donner envie d’apprendre, sur des sujets dont on n’est pas forcément expert.  Du coup, ça donne lieu à des choses inspirantes et créatives, on voit d’ailleurs sur le web des associations de mots telles que « Creative Coding » ou « programmation créative« . On cherche à développer des activités robotiques ludiques, des systèmes d’activités débranchés visant à l’apprentissage de la pensée informatique, qui sont différentes des systèmes d’équation d’avant. Chacun va a son rythme sur le parcours en ligne, et choisit les modules dans lesquels il souhaite se perfectionner en fonction de ce qu’il a envie d’apprendre, ou de ce que d’autres personnes autour de lui apprennent… »

 

Justement, quelles types d’activités sont proposées ?

«Le projet Class’Code se veut être un programme réellement ludique. Par exemple, la compétence « raconter des histoires » est un élément très important sur lequel bâtir l’apprentissage. Avec des langages comme Scratch, on apprend le code en manipulant des éléments de jeux (des briques logicielles) qui permettent de créer son propre scénario de jeu vidéo. »

Quelle est la vision de l’apprentissage chez Class’Code?

«Notre démarche repose également sur l’idée que se former ne doit pas être comprise comme une obligation, une activité purement professionnelle. Il est évident que rien de ce que nous proposons ne peut fonctionner si on reste cantonné à cette vision. Il faut plutôt que l’on accorde du temps à se former comme on on accorderait du temps à une activité sportive. Certes, il y a un enjeu de société et un bénéfice professionnel, mais on le fait également pour partager, se sentir mieux. Il faut donc avoir envie d’apprendre, de partager.»

 

Au niveau local, qu’est ce qui a été mis en place par la région des Pays de la Loire?

«Notre région accorde beaucoup d’importance au numérique. Il y a une forte concentration d’acteurs du numérique sur le territoire, une mise en avant de ces enjeux.  Dès lors, on se trouve devant un fort besoin de personnes compétentes dans ces entreprises régionales. Mais on s’attend également, à ce que la culture numérique soit plus importante qu’ailleurs.

La région a pris conscience de l’importance de la formation des jeunes dans le numérique et a démontré un investissement fort et en continuité sur le projet de Class’Code. En fait, la Région accompagnait même Class’Code avant que l’Etat nous soutienne !

Aujourd’hui cela se traduit notamment par la présence d’une chargée de mission coordination afin de promouvoir Class’Code et d’animer le réseau. »

Carte des actions Class’Code en France

 

Et à qui s’adresse Class’Code ?

« Si vous êtes enseignant et que vous désirez vous former, soyez participant. Si vous avez une compétence en informatique et que vous désirez la transmettre, devenez facilitateur. Nul besoin d’être expert ni de savoir enseigner, tant que vous êtes passionnés ! Et si vous voulez participer à l’organisation des temps de rencontre, inscrivez-vous en tant qu’organisateur. Il y a de la place pour tous. »

 

Le rêve absolu pour Class’Code?

«L’enjeu aujourd’hui, en particulier dans les Pays de la Loire, c’est d’articuler la partie « terrain » de Class’Code. Sachant que l’originalité du projet est de former sans « formateurs de formateurs » ni de locaux attribués. Il s’agit donc surtout de susciter et d’accompagner des initiatives de terrain. Fanny est bien entendu susceptible d’aider les organisateurs intéressés à monter des formations, trouver des facilitateurs, faire connaître leur démarche. Les organisateurs peuvent être des organismes, des associations, mais aussi des particuliers. Le rêve, ce serait que dans un petit village rural, demain… Des personnes choisissent de se rencontrer dans le café pour apprendre l’informatique avec Class’Code. »

 

De qui et de quoi avez-vous besoin aujourd’hui ?

«Class’Code monte en puissance. Les choix qui ont été faits nous permettent de faire beaucoup plus. Nous devrions pouvoir former plusieurs milliers de personnes dans les Pays de la Loire. Techniquement nous devrions y arriver. Notre difficulté aujourd’hui est celle de la mobilisation. Il faut que les enseignants et éducateurs réalisent qu’elles et ils ont l’opportunité de se former. Ils peuvent apprendre quelque chose de nouveau qu’ils pourront ensuite réutiliser dans leurs classes. Et qu’ils ont la chance, dans les Pays de la Loire de trouver un environnement favorable pour cela.

Les entreprises du Numérique ont également un rôle à jouer. Elles peuvent proposer et aider leurs collaboratrices et collaborateurs à devenir facilitateurs. Ainsi elles peuvent tout à fait organiser, dans leurs locaux un temps de rencontre ! »

JG